20 juil. 2016

Permettre aux enfants de devenir auteurs de leurs apprentissages à l’école primaire.

Travailler en projets, c’est donner la possibilité aux enfants de s’impliquer dans un contexte différent et de contribuer, à sa manière, à travers son action, à la réalisation d’un but commun. C’est aussi donner la chance aux élèves dans leur diversité de s’exprimer selon leurs goûts et leurs capacités. Cela m’a toujours semblé être une manière efficace de solidariser une classe, de parvenir à un mouvement commun et à des relations positives au sein du groupe.

1) Quelle différence entre « acteur » et « auteur » ?

D’après la définition du Larousse, un acteur est une sorte protagoniste, c’est-à-dire « quelqu’un qui participe activement ou joue un rôle effectif dans un événement ».

Un auteur, d’après le même dictionnaire, est une « personne à l’origine de quelque chose de nouveau, qui en est le créateur, qui l’a conçu, réalisé ». Il devient « responsable » de son acte.

La différence entre les deux mots, dans une classe, a des conséquences non seulement sur la portée de ce qui est entrepris mais dans le processus en jeu.

Au fur et à mesure de mes lectures comme des conférences auxquelles j’assistais, mon questionnement sur la place de l’élève en classe et mon rôle a évolué. Étais-je là pour permettre d’acquérir des savoirs disciplinaires ? La réponse était oui. Étais-je là pour contribuer à l’épanouissement de chacun des élèves qui m’était confié ? J’en étais persuadée même si la tâche n’était pas toujours aisée. Chaque élève avait-il la réelle possibilité de contribuer par lui-même à ses apprentissages ? Pas vraiment… Je proposais les activités, la manière de procéder, le temps à respecter, les lieux, je déterminais les projets, organisais leur réalisation… Finalement, mes élèves, bien qu’étant acteurs étaient loin d’être auteurs.

2) Quels changements pour l’élève et pour l’enseignant(e) ?

Cette année, j’ai décidé de remédier à ce manque. Je souhaitais constater par moi-même ce que pouvait apporter ce changement stratégique de posture. Je désirais également explorer le lien entre la notion d’apprentissage et de plaisir en même temps qu’engager ma classe dans une première posture réflexive par rapport à « apprendre à apprendre ». J’ai continué à proposer des projets mais je les ai menés de manière différente, ce dont j’apporte aujourd’hui le témoignage à travers trois exemples de projets mis en œuvre cette année.

Un projet scientifique

Pour un projet dans le domaine des neurosciences (projet « Savanturiers du Cerveau » du dispositif Les Savanturiers-l’école de la recherche), les élèves ont défini une problématique qui les préoccupaient : « Est-ce qu’on apprend mieux dans le plaisir et moins bien quand on n’a pas de plaisir ? ». Dans un cadre d’apprentissage par la recherche, ils ont eux-mêmes conçu leurs expériences, choisi les variables à tester, réalisé leurs expériences, noté leurs observations, interprété leurs résultats et rédigé des conclusions. La réalisation de ce projet n’a pas été imaginée à l’avance mais s’est adaptée à chaque avancée du groupe : chaque proposition étant étudiée et débattue. L’objectif final n’a pas été fixé en début de projet.

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Points positifs :

- L’engagement des élèves, leur curiosité, leur créativité, leur coopération.

- L’impression de liberté et d’utilité avec le fait de pouvoir décider quelle compétence scolaire allait constituer le support d’apprentissage et d’évaluation pour le réaliser (histoire, maths, anglais). La possibilité également de choisir eux-mêmes la variable à tester (bonne/mauvaise récompense, bonne/mauvaise odeur, musique agréable/désagréable).

- La preuve de l’éveil de leur esprit critique : mes élèves ont conclu qu’ils ne pouvaient pas réellement conclure, que leurs expériences avaient été plusieurs fois biaisées dans leur conception ou à cause de leur agitation pendant leur réalisation.

- Le niveau de satisfaction des élèves : pendant et après leurs expériences lorsqu’ils ont regardé les films réalisés à partir de celles-ci.

Points négatifs :

- La rigueur de la méthodologie scientifique peut constituer un frein à la créativité des enfants : être un chercheur demande de l’exigence et de respecter des étapes et une construction précises. Mes élèves n’ont pas produit de savoir scientifique valide. Leur savoir à eux, en fin d’expériences, était qu’ils ne savaient pas, ce qui peut paraître léger d’un point de vue scientifique mais assez sage d’un point de vue philosophique !

- Le fait, pour moi, d’être guidée par un fil rouge mais de ne pas pouvoir complètement anticiper ce que les enfants allaient proposer. Cela m’a demandé une adaptation en continu, la mise en place de nouveaux critères de réussite basés davantage sur le processus que sur son terme, une plus grande acceptation du droit à l’erreur (et du droit de ne pas produire de vérité scientifique) dans un processus de construction des connaissances, l’enfant en étant la source première.

Un projet citoyen

Un autre projet sur le thème de la citoyenneté a permis aux enfants d’être auteurs et acteurs de leurs apprentissages : Bâtisseurs de possibles est un dispositif qui permet aux enfants de contribuer à changer le monde à leur niveau. Les enfants sont invités à concevoir et réaliser une action (un « défi ») d’après une/des préoccupation(s) qu’ils définissent eux-mêmes. L’enseignant est, quant à lui, invité à rester à l’écart des discussions. Mon rôle a été de provoquer le questionnement et les remises en questions pour permettre au défi de se construire progressivement afin de permettre sa bonne réalisation.

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Points positifs :

- Une motivation extrêmement importante. En avant la créativité ! Les enfants ont réfléchi, élaboré, schématisé, questionné, comparé, analysé, prototypé puis proposé leur action. Cette année, ma classe a proposé trois jours d’action à l’ensemble des élèves de l’école afin de réduire la pollution liée à leurs déplacements entre leur domicile et l’école. Le bilan oral des enfants suite à ce projet est qu’ils se sentent « libres » et ils veulent absolument participer de nouveau l’an prochain.

- Le développement de l’esprit critique : la créativité, bien que libre, se heurte au principe de réalité : financière, matérielle, humaine, parfois politique…. Difficile de créer des voitures volantes non polluantes !

- Une véritable fierté d’avoir contribué à protéger la planète (200 trajets réalisés en polluant moins).

- Une satisfaction d’avoir réalisé « leur » défi.

Points négatifs :

- Les limites imposées par le principe de réalité : il aura fallu 3 essais avant de pouvoir concrétiser une idée de défi. C’est néanmoins un point positif dans la construction de la notion de persévérance !

Un projet de production numérique

Enfin, le dernier projet dont je parlerai dans cet article est la production de trois numéros d’un magazine numérique réalisé par les enfants, à partir de leurs propres questions, collectées, toute l’année, dans une boîte à questions.

https://madmagz.com/magazine/822612 Un Univers de questions n°3

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Points positifs :

- La construction d’une démarche de recherche documentaire : il a fallu chercher dans des livres ou sur internet, choisir les informations, les critiquer, les reformuler ou les résumer, les écrire sur des documents numériques, faire des relectures critiques et collectives actives tant sur le fond (expression) que sur la forme (orthographe), s’approprier une éthique en recherchant des photos libres de droit pour les illustrations, réaliser des manipulations informatiques de base (copier/coller) afin de réaliser ces magazines.

- La fierté de partager ses connaissances avec d’autres.

- La fierté de voir que des inconnus cliquaient « j’aime » sur la page internet du magazine.

Points négatifs :

- La difficulté de la recherche : il reste assez difficile de sélectionner les sites et les informations pertinentes en CE2.

- La longueur de réalisation : chaque élève a contribué à la mise en page finale sur un seul ordinateur (possibilité de travailler en mode collaboratif mais mes élèves n’en étaient pas encore arrivés à ce stade, peut-être l’an prochain ?).

- L’enseignante moins en retrait pour ce projet : couramment besoin d’accompagnement et d’aide technique.

3) Quelles conséquences sur le fonctionnement de la classe ?

D’un point de vue pédagogique, ce changement de posture qui touchait au départ les projets de la classe a également eu des conséquences sur son organisation. Le recul réflexif des enfants sur leur efficacité et leur plaisir à apprendre leur a fait prendre conscience du rôle qu’ils pouvaient jouer. Ils ont gagné en confiance et ont eu la possibilité, à certains moments :

- De choisir l’ordre de l’emploi du temps de la journée / de la semaine.

- De choisir leurs modalités de travail (seul, à deux, en petits groupes, en groupe classe).

- De choisir leurs lieux de travail (sur leur bureau, sur le tapis, par terre, dans la classe, dans le couloir).

- De proposer des activités.

- De s’opposer à certaines activités (« Moi, ce que j’aime, c’est travailler dans le plaisir ! ») et de discuter autour des notions de contrainte ou d’effort.

Si je dois dresser un bilan de ce changement de posture, je dirais qu’il est très positif. Certes, l’enseignant(e) perd le contrôle d’une partie d’un fonctionnement habituel mais que gagne-t-il en échange ? Le quasi total investissement de ses élèves dans les activités de la classe, leurs retours motivés, leur pertinence, la fierté d’avoir appris par eux-mêmes et les progrès scolaires qui sont liés à ces attitudes positives.

Cette dynamique aura contribué à répondre à leur besoin de compétence (chacun aura contribué à produire pour le groupe et tous les projets auront été menés à leur terme), d’autonomie (ils ont pu, quasiment à tous les moments, donner une voie/leur voix aux projets) et de relation, par le biais de toutes les interactions qui ont eu lieu dans la classe.

L’an prochain, les projets constitueront encore un noyau fort. A la différence près que certains seront communs à l’ensemble des élèves, d’autres seront proposés au choix et un autre sera même personnel.

Pour reprendre l’expression d’un de mes collègues, Florian Loupiac (reconnu « ChangemakerSchool » par l’association Ashoka France), « mes élèves ne font pas ce qu’ils veulent, ils veulent ce qu’ils font ». C’est dans cette direction que ma classe évoluera dans les prochaines années : apporter du sens pour soi, pour les autres et avec les autres, à l’école comme ailleurs en rendant les élèves de plus en plus auteurs de leurs apprentissages.

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